Mercredi, août 8th, 2012

Date limite de spoilation

Les réseaux sociaux ont cet avantage fabuleux qu’en connectant des gens d’horizons divers et variés, ils permettent de découvrir plein de trucs dont on ignorait jusqu’à l’existence 10 minutes auparavant.

Et ça c’est cool.

Le hic, c’est que les prescripteurs du truc inconnu en question n’étant ni neuralement connectés aux potentiels lecteurs encore dans l’ignorance, ni salariés pour parler d’un truc (enfin, parfois si mais généralement, non), il n’est pas impossible que ce faisant ils dévoilent un élément clé de l’intrigue.

Et ça c’est pas cool.

Je précise tout de même: dévoiler l’intrigue de la théorie des cordes ne dérangera a priori personne, le contenu dont je parle relève donc plus du domaine de l’entertainment, comme on dit au Vatican.

Films, jeux, livres, tout les trucs qui ont une fin qu’on apprécie de découvrir quand on s’est au préalable cogné le début voire le milieu pour les plus patients.

Et avouons-le, savoir que Keyser Sozë c’est l’infirme, que Bruce Willis est en fait mort depuis le début ou que Darth Vader est le père de Luke Skywalker, ça peut effectivement faire chier si on a vu ni Taxi Driver, ni American Beauty, ni  Jours de Tonnerre.

(J’ai changé les noms des films pour éviter les suicides collectifs)

Mais voila, la culture étant ce qu’elle est -et les provinciaux étant ce qu’ils sont- on va fatalement spoiler des ignares à un moment donné, c’est obligé, c’est la vie.

Alors je pose la question ici, entre votre écran et votre clavier (si vous êtes sur une tablette, la question est désormais posée sur vos genoux) (huhuhu):

« A partir de quand peut-on considérer qu’il y a prescription sur le spoilage (spoilation ? spoiling ? spoilance ?) »

Car je le reconnais: balancer la fin d’un film sorti l’avant-veille peut être considéré comme un coup de pute de niveau 3,5 sur la célèbre Échelle du sans-race aka Coupdeputomètre (qui, comme chacun sait, en compte 5).

Mais apprendre, au hasard d’une conversation à laquelle on ne participait pas, qu’un personnage secondaire  meurt à la fin de la 1ere saison d’une série diffusée en 2002, est-ce réellement se faire spoiler la gueule ? Oui ?

np

Ce « oui » doit-il être pris comme un:

« Oh non ! Vous me racontez le destin d’un personnage secondaire de la saison 1 de cette série que je m’apprêtais à regarder, voila qui me laisse dans un état de détresse respiratoire proche de celui d’Anakin Skywalker quand il meurt après avoir tué Palpatine à la fin de l’épisode VI. Oups,désolé. »

Ou un:

« Oh non ! Vous me racontez le destin d’un personnage secondaire de la saison 1 de cette série que je ne souhaitais pas regarder avant encore 20 ans et, de fait, m’avez gâché mon hypothétique plaisir et la naïve béatitude que j’aurais pu entretenir jusqu’en 2032, année à laquelle je comptais me plonger avec délectation dans cette Oeuvre majeure de la narration télévisuelle et, hasard cosmique du calendrier Maya (SPOILER peuple qui a été exterminé par les conquistadors espagnols SPOILER), année du 30e anniversaire de la création de ladite série. »

La nuance est importante.

Dans le 1er cas, on peut invoquer le pierrerichardisme, la faute à pas de chance, la pasdebolisme ou, pour nos amis dans le bâtiment, la tuile et ceci même si la série n’est plus diffusée depuis 4 ans, même si la plainte émane d’un quidam qui, à la base, ne participait PAS à la conversation.

Ce dernier point est important parce qu’il équivaut tout de même à balancer un vigoureux « MAIS TA GUEULE SÉRIEUX PUTAIN SPOILER LÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀ !!!88§ » de l’autre bout du wagon à deux personnes qui discutent entre elles du film de la semaine dans le RER après le boulot.

Efficace, certes, mais un peu cavalier.

Dans le second cas, on a affaire à du simple égoïsme façon « cachez ce sein que je ne saurais voir » même si le nichon en question ne nous était pas destiné. Même s’il y’a fort à parier que le spoil en question sera de toute façon oublié quand on se décidera à regarder cette putain de série dont tous nos potes nous chantent les louanges depuis 30 ans mais qu’on se force à ne pas mater pour montrer qu’on a de la personnalité et qu’on est  à contre-courant tel un saumon dans la rivière du mainstream.

Dans les 2 cas, la gifle nous pend au gland et ce n’est pas spoiler que de le dire.

Evidemment, Twitter permet par le truchement des fameux hashtags d’indiquer que ça va spoiler. Mais comme on les met à la fin des phrases, ça nique un peu l’intérêt du procédé. Et puis à quoi bon placer un #spoiler quand la conversation débute entre deux personnes QUI ONT VU LA SERIE, FFS ??!

Alors à ces tristes sires adeptes du « SPOILEZ PAS PUTAIN », je conseillerais ceci:

LISEZ PAS PUTAIN.


Category: Humeur
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5 Commentaires

8 août 2012
khao

SPOILER ALERT ! à partir de 1min20 pour les gens qui ont un train à prendre:

http://www.youtube.com/watch?v=uPIzYXiB7p0


8 août 2012
zOrg

Meilleur article depuis des mois !


4 septembre 2012

boom